Bordeaux 2025 en primeur : les vins de Saint-Estèphe font vibrer ce millésime

9 mai 2026

db Correspondant à Bordeaux, le tour en primeur du Médoc de Colin Hay se poursuit avec Saint-Estèphe, une appellation qui, comme Pauillac, scintille en 2025.

Saint-Estèphe n’est pas exactement loin de Pauillac. Une pomme bien dirigée, lancée depuis Lafite, certes par quelqu’un de plus talentueux que moi dans l’art de projeter des objets sphériques sur de longues distances, aurait de bonnes chances d’atterrir dans le vignoble de Cos (bien sûr, ne tentez pas l’expérience !). Mais cela paraît tout de même loin — parfois très loin de tout endroit.

À mesure que la D2 grimpe et tourne au-delà de Cos d’Estournel – et surtout si l’on prend la petite route qui longe les bâtiments du château sur la droite en direction d’Haut-Marbuzet puis vers Meyney, Montrose et la rive au-delà – on a l’impression d’entrer dans un paysage tout à fait différent, un univers tout autre. Et, dans un certain sens, nous l’avons bel et bien franchi.

Mais en 2025, Saint-Estèphe semble davantage appartenir à Pauillac qu’auparavant — même s’il n’en est certainement pas une extension. Les deux appellations séduisent et scintillent dans ce millésime, Saint-Estèphe peut-être plus que dans tout autre millésime dont je me souvienne.

Les données météorologiques donnent une indication de pourquoi cela peut être, bien qu’elles peignent sans doute une image quelque peu simplifiée. En substance, il y a eu un peu plus de pluie ici-haut et elle avait le bon réflexe d’arriver avant que le stress hydrique sérieux ne s’établisse sur les sols typiquement plus lourds, plus frais et plus argileux de l’appellation. En bref, ce qui s’est révélé problématique ailleurs a plutôt bien tourné ici, plus haut dans le Médoc.

Les résultats sont clairs à partir des données de rendements annuels moyens présentées au tableau 1. Parmi toutes les principales appellations du Médoc, Saint-Estèphe a subi les rendements les plus faibles, avec des rendements globaux au-delà de 35 hl/ha et (aux côtés de Pauillac seule) plus élevés qu’en 2024.

  2020 2021 2022 2023 2024 2025

10-year

average

% Change
Margaux 36.3 38.6 31.3 37.7 33.1 28.8 39.2 -26.5
Saint-Julien 34.3 35.2 34.3 50.3 32.5 26.4 36.3 -27.3
Pauillac 37.4 35.1 34.8 47.1 29.5 30.2 40.2 -24.9
Saint-Estèphe 41.2 40.7 31.5 51.6 33.6 36.8 44.4 -17.1
Pessac-Léognan 34.6 30.7 35.7 38.1 39.0 31.0 35.6 -12.9
Saint-Emilion (GC) 36.7 27.5 41.2 40.5 36.4 34.7 37.9 -8.4
Pomerol 39.8 28.9 32.3 45.2 28.4 25.9 36.6 -29.2

 Table 1: Rendement moyen du vignoble par appellation (hl/ha)

Source : calculé à partir des données Duanes compilées par le CIVB Service Économie et Etudes

Comme le montre le tableau 2, l’histoire était largement la même pour les domaines les plus prestigieux de l’appellation, dont les rendements moyens se situent très près de ceux de l’appellation dans son ensemble.

Autrement dit, la proportion de Merlot et de Cabernet dans les assemblages finaux de leurs grands vins est très proche de la moyenne sur 5 ans (pour les millésimes 2020-2024 inclus).

Vin % Merlot % Cabernet Sauvignon

Rendements

(hl/ha)

2021 2022 2023 2024 2025 2021 2022 2023 2024 2025
Calon Ségur 7 24 15 9 17 81 70 72 82 80 35
Cos d’Estournel 30 37 33 38 39 64 61 65 60 60 39
Montrose 31 25 21 17 19 62 66 75 80 77 30
Lafon-Rochet 26 31 29 24 29 69 65 64 70 66 41
Phélan Ségur 21 56 38 30 30 75 40 60 68 65 29
Average 23 35 22 24 27 70 60 67 72 70 35
5-year average 26.8   66.8    

Table 2: Pourcentage de Merlot et de Cabernet Sauvignon dans le grand vin, 2021-25, et rendement final (hl/ha)

Pourtant, même compte tenu de cela, je suis sidéré par la qualité et, en effet, par la constance des vins de Saint-Estèphe dans ce millésime que je suis le premier à qualifier d’irrégulier.

Dans Cos d’Estournel et Montrose, nous avons deux des vins du millésime et des candidats potentiels à la perfection. Les déguster l’un après l’autre a été pour moi une expérience émotionnelle, d’autant plus qu’elle a été partagée avec les gardiens contemporains de ces terroirs exceptionnels et uniques qui, à mes yeux, n’ont jamais été exprimés aussi bien.

Calon Ségur est aussi revenu à son tout meilleur niveau, même s’il n’y a rien du tout de surprenant là-dedans.

Ce qui est surprenant, peut-être la révélation de l’appellation en 2025, est l’éclat absolument brillant de Phélan Ségur, un vin qui a connu une ascension à la hausse sur de nombreuses années mais qui a, pour moi, cassé le plafond de verre en 2025. Il est, de loin, le meilleur vin que j’aie jamais goûté de la propriété en plus de 30 millésimes.

Lafon-Rochet, Cos Labory (renaissant dans sa nouvelle incarnation) et de Pez méritent également une mention spéciale. Mais tant d’autres aussi. Parmi tous mes profils d’appellation, je soupçonne que celui-ci mérite l’examen le plus rapproché et le plus détaillé.

Highlights in 2025

Best of the appellation:

  • Château Cos d’Estournel 98-100
  • Château Montrose 98-100

Greatest successes:               

  • Château Calon Ségur 94-96+
  • Château Phélan Ségur 94-96+
  • Château Lafon-Rochet 93-95+
  • Château Cos Labory 93-95
  • Château de Pez 93-95
  • La Dame de Montrose 93-95
  • Château Meyney 93-95

Value picks:                           

  • Château Phélan Ségur 94-96+
  • Château Cos Labory 93-95+
  • Château de Pez 93-95
  • Château Le Boscq 92-94+

 Notes de dégustation

Veuillez cliquer ici pour les notes de dégustation 2025, qui peuvent être recherchées par château et par appellation.

Pour des critiques complètes par appellation au fur et à mesure de leur publication, cliquez : Margaux, Saint-Julien, Pauillac, Saint-Estèphe, Haut-Médoc et les appellations satellites de la Rive Gauche (Listrac-Médoc, Médoc et Moulis-en-Médoc), Pomerol, Saint-Émilion, les appellations satellites de la Rive Droite (Fronsac, Lalande & Castillon), Pessac-Léognan et Graves rouges, Pessac-Léognan et Graves blancs, Médoc et Bordeaux incluant Vin de France (blanc) et Sauternes & Barsac.

Maëlys Perron

Maëlys Perron

Je suis Maëlys Perron, rédactrice passionnée par les vins engagés et les histoires qui se cachent derrière chaque bouteille. J’aime rencontrer les producteurs, explorer les terroirs et comprendre ce qui rend un vin vraiment vivant. À travers mes articles, je veux partager des découvertes sincères et donner envie de déguster autrement.