db Bordeaux correspondant Colin Hay traverse le Pont d’Aquitaine pour lancer sa tournée des offres en primeur 2025 sur la Rive Droite à Saint-Émilion, domicile de bon nombre des figures emblématiques du millésime.
Dans un millésime où les généralisations ne s’appliquent guère, il existe plus qu’un simple risque professionnel à rédiger un portrait d’appellation de Saint-Émilion. Car c’est, bien sûr, une appellation vaste et diversifiée avec plus de 4 000 hectares de grands crus viticoles seulement en 2025 (en comparaison, disons Margaux avec 1 500 et Pomerol avec 770). Elle est aussi entourée d’un riche éventail de terroirs de qualités assez variées et, non des moindres, présentant des capacités différentes à affronter les défis climatiques qui se présentent à eux.
Bien sûr, l’hétérogénéité n’est guère nouvelle à Saint-Émilion. On a tendance à la considérer comme provenant de trois sources: d’abord, l’immense taille de l’appellation; ensuite, la plage qualitative et la diversité de ses terroirs (notamment leurs capacités respectives à répondre aux conditions climatiques qu’ils affrontent); et, enfin, sa diversité stylistique.
Tous furent importants en 2025. Mais parmi les trois, ce sont sans doute les deuxième et troisième qui sont peut-être les plus intéressants. La variation du type et de la qualité des terroirs s’est avérée cruciale. Elle l’a été dans le sens où ce millésime, plus que la plupart (bien que pas sans rappeler 2024 auparavant), agit comme un amplificateur de terroirs et, tout aussi significatif, la capacité des terroirs calcaires sur argile et calcaire du plateau et des côteaux à continuer à fournir de l’eau à la vigne en périodes de stress hydrique s’est révélée déterminante. Les terroirs plutôt précoces – ceux jouxtant le plateau de Pomerol et ceux situés sur les pentes de Saint-Émilion avec une exposition au sud – ont beaucoup souffert sous la chaleur implacable et la sécheresse de l’été. Mais ils en ont subi moins que l’immense étendue plane des terroirs principalement sableux près du fleuve.

À l’inverse, les variations stylistiques, qui auraient pu jouer un rôle majeur il y a une décennie, ont été nettement moins importantes en 2025, du moins parmi les grandes propriétés. Car si ce millésime n’a certainement pas été propice à l’extraction excessive ni à une exposition prolongée à un chêne toasté, le nouveau classicisme qui imprègne désormais Saint-Émilion a toujours considéré les deux comme les péchés d’une époque de plus en plus révolue. Là où ils se manifestent, ils sont évidents: les vins sont angulaires, brutaux et secs en finale. Mais ils restent (heureusement) très rares, en particulier parmi les crus classés. Il est à noter ici que tous les grands crus classés emploient aujourd’hui un consultant œnologue et le font depuis plusieurs millésimes déjà.
Le tableau 1 présente la composition des grands vins de plusieurs domaines parmi les plus en vue (choisis, presque toujours, sur la base de l’accès aux données) et les rendements finaux à partir desquels ils ont été élaborés en 2023, 2024 et 2025.
| Vin | % Merlot | % Cabernet Franc | Rendements (hl/ha) | ||||||
| 2023 | 2024 | 2025 | 2023 | 2024 | 2025 | 2023 | 2024 | 2025 | |
| Angélus | 60 | 60 | 50 | 40 | 40 | 30 | 40 | 38 | 30 |
| Ausone | 40 | 35 | 30 | 60 | 65 | 65 | — | 33 | 29 |
| Beauséjour | 70 | 72 | 69 | 30 | 28 | 31 | 46 | 28 | 39 |
| Bélair-Monange | 98 | 98 | 98 | 2 | 2 | 2 | 45 | 35 | 26 |
| Canon | 71 | 78 | 76 | 29 | 22 | 24 | 45 | 44 | 40 |
| Clos Fourtet | 87 | 84 | 84 | 7 | 10 | 10 | 46 | 30 | 28 |
| Cheval Blanc | 52 | 46 | 51 | 46 | 48 | 45 | 40 | 28 | 15 |
| Figeac | 41 | 33 | 38 | 32 | 28 | 30 | 45 | 31 | 25 |
| Pavie | 51 | 51 | 30 | 32 | 32 | 60 | 33 | 24 | 21 |
| Rocheyron | 75 | 80 | 80 | 25 | 20 | 20 | 35 | 33 | 30 |
| Troplong Mondot | 84 | 85 | 85 | 3 | 2 | 2 | 53 | 35 | 27 |
| Average | 66 | 66 | 63 | 28 | 27 | 29 | 40 | 33 | 28 |
| 10-year appellation average | 38.2 | 37.9 | |||||||
Tableau 1 : Pourcentage de Merlot & Cabernet Franc dans les grands vins et rendement final (hl/ha), 2023, 2024 & 2025
Ils offrent des lectures intéressantes. En général (et avec ma réserve concernant les généralisations qui résonnent encore dans mes oreilles), elles montrent une augmentation modeste mais significative de la proportion de Cabernet Franc dans les assemblages finaux des grands vins.
C’est assez intriguant à cet égard. Car les rendements du Cabernet Franc étaient typiquement plus faibles et souffraient plus que ceux du Merlot. Mais la qualité de ce qui a été récolté était exceptionnelle. En bref, là où il y avait matière à l’utiliser, on l’a utilisé. En effet, le facteur principal qui empêche sa présence d’être encore plus importante dans les assemblages finaux de ces vins était simplement son rendement faible et variable.
| 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
10-year average |
% Change | |
| Saint-Émilion (GC) | 36.7 | 27.5 | 41.2 | 40.5 | 36.4 | 34.7 | 37.9 | -8.4 |
| Margaux | 36.3 | 38.6 | 31.3 | 37.7 | 33.1 | 28.8 | 39.2 | -26.5 |
| Saint-Julien | 34.3 | 35.2 | 34.3 | 50.3 | 32.5 | 26.4 | 36.3 | -27.3 |
| Pauillac | 37.4 | 35.1 | 34.8 | 47.1 | 29.5 | 30.2 | 40.2 | -24.9 |
| Saint-Estèphe | 41.2 | 40.7 | 31.5 | 51.6 | 33.6 | 36.8 | 44.4 | -17.1 |
| Pessac-Léognan | 34.6 | 30.7 | 35.7 | 38.1 | 39.0 | 31.0 | 35.6 | -12.9 |
| Pomerol | 39.8 | 28.9 | 32.3 | 45.2 | 28.4 | 25.9 | 36.6 | -29.2 |
Tableau 2 : Rendement moyen par appellation (hl/ha)
Source : calculé à partir des données Duanes compilées par le CIVB Service Économie et Études
Ce que nous voyons également, comme le confirme le Tableau 2, c’est que les rendements à Saint-Émilion, même chez les domaines les plus en vue, ont fortement diminué. Mais, ce qui est crucial, ils furent également nettement plus élevés que dans les autres appellations emblématiques de la région. Saint-Émilion a souffert, comme tout le monde, sous le soleil brûlant de l’été et dans des conditions de quasi sècheresse, mais il a souffert un peu moins – notamment en comparaison avec Pomerol ( auquel nous reviendrons dans mon prochain profil d’appellation ). Cela s’explique en grande partie par les rendements plus élevés sur des terroirs calcaires et calcaire-argileux, aidés par un peu plus de pluies en fin d’été que de l’autre côté de la frontière de l’appellation.

Les généralisations, comme je me suis efforcé de le souligner, n’encerclent pas grand-chose dans un millésime comme celui-ci, et surtout pas dans une appellation comme Saint-Émilion. Plutôt que d’offrir davantage de conclusions, permettez-moi d’exposer trois observations plus ciblées et plus précises.
La première consiste à mettre en lumière le succès considérable du millésime pour les vins présentant des niveaux élevés de Cabernet Franc dans l’assemblage final. Douze grands vins comportent plus de 40 % de Cabernet Franc dans l’assemblage qui figurent dans mon rapport sur Saint-Émilion. Le tableau 3 montre à quel point ils ont performé en 2025.
| % Cabernet Franc | Note | |
| Angélus | 50 | 97-99 |
| Ausone | 65 | 98-100 |
| Canon-La-Gaffelière | 45 | 95-97 |
| Cheval Blanc | 45 | 98-100 |
| Clos Saint-Julien | 50 | 93-95 |
| Le Dôme | 80 | 96-98 |
| Fleur de Lisse | 42 | 93-95 |
| Haut Simard | 80 | 93-95 |
| Jean Faure | 65 | 95-97+ |
| Lassègue | 46 | 95-97+ |
| Pavie | 60 | 96-98+ |
| Trottevieille | 51 | 97-99 |
Tableau 3 : Proportion de Cabernet Franc dans l’assemblage final et note 2025
La deuxième observation porte sur la concentration de qualité désormais trouvée autour de Saint Christophe-des-Bardes et, le long du plateau au-delà, vers Castillon. Autrefois décrite un peu moqueusement comme le « Saint-Estèphe » de Saint-Émilion – c’est-à-dire la partie de l’appellation où le fruit ne mûrissait jamais –, comme le montre le tableau 4, ce n’est plus le cas (et cela ne l’a plus été depuis longtemps). L’ancien point froid de l’appellation est désormais le point chaud figuratif.
| Note | |
| de Ferrand | 93-95 |
| Croix de Labrie | 96-98 |
| Fleur Cardinale | 93-95 |
| Laroque | 96-98+ |
| Rocheyron | 98-100 |
| Valandraud | 95-97+ |
Tableau 4 : Le « Saint-Estèphe » de Saint-Émilion
Troisièmement et enfin, permettez-moi de réitérer l’une de mes conclusions de 2024. La qualité moyenne des grands crus classés de Saint-Émilion est, désormais, excellente. Même dans un millésime loin d’être homogène, ils constituent désormais un ensemble qualitativement bien plus homogène qu’il ne l’a jamais été par le passé. Le système de classement compétitif des vins de Saint-Émilion compte de nombreux détracteurs. Mais il semble avoir passé ce test, peut-être le plus important de tous, haut la main.
Inutile de dire qu’il y aura de belles opportunités de valeur parmi ses membres.
Highlights in 2025 (from over 200 wines tasted)
Best of the appellation:
- Château Ausone 98-100
- Château Beauséjour 98-100
- Château Cheval Blanc 98-100
- Château Figeac 98-100
- Château Larcis Ducasse 98-100
- Château Rocheyron 98-100
Truly exceptional:
- Château Angélus 97-99
- Château Bélair-Monange 97-99
- Château Canon 97-99
- L’If 97-99
- Château Trottevieille 97-99
- Château Beau-Séjour Bécot 96-98+
- Château Laroque 96-98+
- Château Pavie 96-98+
- Château Berliquet 96-98
- Clos Fourtet 96-98
- ClosSaint-Martin 96-98
- Château Croix de Labrie 96-98
- Le Dôme 96-98
- Château La Mondotte 96-98
- Château Troplong Mondot 96-98
Value picks:
- Château Laroque 96-98+
- Château Bellefont-Belcier 95-97+
- Château Jean Faure 95-97+
- Château Lassègue 95-97+
- Château Clos de Sarpe 95-97
- Château Tour Saint-Christophe 94-96
- Château Fonroque 93-95+
- Château La Marzelle 93-95+
- Couvent des Jacobins 93-95
- Château La Dominique 93-95+
- Château Haut-Simard 93-95
- Château de Ferrand 93-95
- Château Fleur de Lisse 93-95
- Château Montlabert 93-95
Notes de dégustation
Veuillez cliquer ici pour les notes de dégustation 2025, qui peuvent être recherchées par château et par appellation.
Pour des revues complètes, appel au niveau Appellation par Appellation telles qu’elles sont publiées, cliquez: Margaux, Saint-Julien, Pauillac, Saint-Estèphe, Haut-Médoc et les appellations satellites de gauche (Listrac-Médoc, Médoc et Moulis-en-Médoc), Pomerol, Saint-Émilion, les appellations satellites à droite de la Rive (Fronsac, Lalande et Castillon), Pessac-Léognan et Grave rouge, Pessac-Léognan et Grave blanc, Médoc et Bordeaux y compris Vin de France (blanc) et Sauternes & Barsac.
