Le correspondant bordelais de db’s Bordeaux rattrape son retard sur quelques vins en primeur de Bordeaux qui ont manqué les profils des appellations majeures, mais qui méritent d’être mentionnés.
Nous sommes en plein mois de mai, nous avons déjà connu pas mal de sorties marquantes, mes profils d’appellations sont publiés, ma fiche de dégustation est en ligne et pourtant il est encore un peu tôt pour offrir une évaluation définitive de l’état de la campagne. Alors, logiquement, est-il temps de lever le pied ?
Eh bien, peut-être … mais, au final, non. Car, comme toujours, il y a quelques échantillons qui arrivent après la publication des profils d’appellations et qui méritent à la fois d’être mentionnés et d’être ajoutés à notre base de notes de dégustation.
Il y en a trois en fait. Deux viennent de Saint-Émilion, tous deux consultés par le talentueux Thomas Duclos. Le premier est un vin brillant issu d’un terroir très excitant que je découvre ici pour la première fois. Il s’agit du Château La Voûte, une petite propriété magnifiquement située à l’extension du plateau entre Saint-Christophe-des-Bardes et Castillon, en face de Valandraud et Fleur Cardinale à Saint-Étienne-de-Lisse. En bref, il provient d’un terroir vénéré – et il se goûte déjà comme tel. À suivre de près.
Le second (en fait le deuxième, troisième et quatrième – puisqu’il y en a trois) est la trilogie de vins du Château Palais Cardinal à Saint-Suplice de Faleyrens – le meilleur ensemble de vins que j’ai goûté de cet endroit. Parmi eux se trouve la très prometteuse nouvelle cuvée spéciale «1867» produite pour la première fois dans ce millésime.
Enfin, nous avons Château Léognan à Pessac-Léognan. C’est un vin que j’ai récemment eu l’occasion de goûter dans le cadre d’une dégustation verticale plus large qui fera l’objet d’un article distinct. Le domaine est encore peu connu, mais magnifiquement situé et entièrement entouré de forêt (avec 6 hectares de vignes sur une propriété de 60 hectares). Il a été planté par nul autre qu’Olivier Bernard et, jusqu’à son acquisition en 2007, fournissait le fruit au Domaine de Chevalier. Le 2025 est le premier millésime à être produit sous la direction de son nouveau vinificateur-conseil, Sébastien Vergne (anciennement de Château Margaux). C’est véritablement excellent et un signe de ce à quoi s’attendre dans les années à venir.
Notes de dégustation
Château La Voûte 2025 (Saint-Émilion; 100 % Merlot; pH 3,36; alcool à 13,45 %; provenant d’une petite propriété merveilleusement située en face de Fleur Cardinale et Valandraud sur 3,93 hectares, avec juste plus de 3 hectares sur le plateau calcaire lui-même; rendement final très sain de 40 hl/ha; Thomas Duclos est le consultant ici). Il s’agit du premier millésime présenté en primeur et il est très impressionnant. C’est un terroir de plateau calcaire de premier ordre à Saint-Émilion et il a été très bien géré. Cassis et bleuet sauvage, pierre ponce et graphite. Doux et assez ample à l’attaque, avec des tanins délicats mais nettement calcaires et poudrés qui dessinent comme des coups de crayon les paramètres externes d’un cadre dense et riche en fruits. Il y a une belle pureté et fraîcheur dans ce vin, rien du tout d’excessif et j’adore la façon dont les tanins délicats mais tangibles se resserrent, pincent et forment une finale levitée, aérienne et scintillante. Très accompli et très impressionnant en effet. Un potentiel astre sous les projecteurs pour la première fois. Saint-Étienne-de-Lisse a du nouveau talent ! 92-94.
Château Palais Cardinal 2025 (Saint-Émilion; 75 % Merlot; 15 % Cabernet Sauvignon; 10 % Cabernet Franc; 13,5 % d’alcool). Lumineux et résolument croquant dans sa signature fruitée, avec beaucoup de vertical lift, une belle note de thym sauvage, mais pas mal d’épices douces aussi – surtout cannelle et muscade; il y a même une pointe d’anis étoilé. Mûre et pruneau rôti. En bouche, c’est assez fruité à l’attaque et plus solaire que la plupart. Il n’est pas particulièrement ample dans sa structure et manque un peu de sustenance. Mais il a été bien géré et sera accessible et plutôt hédoniste presque immédiatement. 90-92.
Château Haut Gros Caillou 2025 (Saint-Émilion; 80 % Merlot; 10 % Cabernet Sauvignon; 10 % Cabernet Franc; 13,5 % d’alcool; issu de la gamme Palais Cardinal). C’est plus frais, plus lumineux, encore plus croquant dans sa signature fruitée que Palais Cardinal avec davantage de baies noires et moins de fruits à noyau. C’est un peu moins sucré au nez et il y a un peu plus de concentration et de densité en milieu de bouche. Long et assez élevé en finale. Bien réussi. 90-92+.
Château Palais Cardinal Cuvée 1867 2025 (Saint-Émilion; 65 % Merlot; 25 % Cabernet Sauvignon; 10 % Cabernet Franc; 13,5 % d’alcool). Une cuvée spéciale nommée pour honorer la date de fondation du domaine; seulement 1867 bouteilles produites. C’est plus intense que les autres vins de Palais Cardinal, mais l’extraction plus grande, la densité et la concentration accrues viennent sans perte de précision et sans dégradation de la qualité des tanins fins. C’est rond à l’attaque et velouté tout au long du milieu de bouche. Le graphite enveloppe généreusement les baies noires et les fruits à noyau et c’est magnifiquement soutenu en finale. Bien plus sérieux et avec un potentiel de vieillissement nettement plus long, cela demandera un peu plus de patience que Palais Cardinal lui-même. 91-93.
Château Léognan 2025 (Pessac-Léognan; 60 % Cabernet Sauvignon; 35 % Merlot; 5 % Petit Verdot, incorporé pour la première fois; rendement final de 34 hl/ha; 13,5 % d’alcool; dégusté sur place dans le cadre d’une verticale avec Philippe Miecaze et Sébastien Vergne). Croquant avec beaucoup de verticalité, c’est aromatiquement très expressif avec des notes herbacées sur des tiges aux côtés des fruits prune, pruneau et mûres. Il y a aussi un peu de sauge sauvage et de tapenade d’olives et une floraison délicieuse de pivoines, d’iris, de violette et de pétales de rose. Dégusté à la fin d’une verticale impressionnante, il dégage une pureté agréable et une belle sensation de densité et de compacité. Mais par-dessus tout il est lumineux et cristallin, sinueux au milieu du palais et énergique. Vif. 92-94+.