Bordeaux modernise le « claret » pour un public contemporain de dégustation de vin, en mettant l’accent sur des vins légers, peu tanniques et sans élevage en fût destinés à être conservés au réfrigérateur. Patrick Schmitt MW passe en revue les faits.
La région viticole la plus célèbre du monde et référence pour les Cabernets et Merlots haut de gamme, Bordeaux réinsuffle son nom historique « claret » comme étendard pour une nouvelle catégorie de vins rouges secs, légers et fruités, aptes à être rafraîchis, destinés à attirer les jeunes consommateurs vers la région.
L’initiative, pilotée par le Syndicat des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur, fait suite à une consultation de 2023 provoquée par la baisse de la consommation de vin rouge et une base de consommateurs vieillissante. Stéphanie Sinoquet, directrice générale de l’Union des vins de Bordeaux et Bordeaux Supérieur, a déclaré à the drinks business que la décision s’appuyait sur des recherches auprès des consommateurs et des tests produits menés dans six marchés prioritaires : le Royaume-Uni, la France, la Belgique, l’Allemagne, la Chine et le Japon.
Plutôt que de créer une nouvelle appellation, l’union a introduit une mention traditionnelle régulée appelée Bordeaux Claret, en vigueur à partir du millésime 2025. Toutes les variétés de raisin rouge de Bordeaux sont autorisées, bien que les premières productions aient principalement utilisé le Merlot avec un peu de Malbec. Une macération courte de deux à quatre jours donne des vins légèrement colorés, peu tanniques et sans élevage en fût destinés à être servis frais.
Commence là où se termine le rosé sombre
La spécification définit le Claret comme un rouge rubis à pourpre clair, fruité, d’une intensité modérée, avec des arômes de fruits rouges mûrs et une structure conçue pour une consommation précoce. Il commence là où le rosé sombre « Bordeaux Clairet » se termine, avec un indice d’intensité de couleur (ICM) minimum de 3, tout en présentant un caractère amylolique moins prononcé (tel que des arômes de barbe à papa) que ce que l’on pourrait trouver dans le Clairet.
Les méthodes de vinification demeurent flexibles, mais chaque vin doit satisfaire au profil sensoriel requis par une dégustation effectuée par un panel indépendant. L’alcool minimum est fixé à 11% vol, la plupart des vins étant attendus à 12%–13%. La fermentation malolactique est facultative et, tandis que le sucre résiduel est plafonné à 3 g/l pour le style traditionnel de Bordeaux, le plafond est relevé à 7 g/l pour l’expression destinée à être rafraîchie.
Un niveau minimum de sucre du raisin de 189 g/l à la récolte est également requis pour assurer une maturité fruitée suffisante. La dé-alcoolisation n’est pas autorisée par les règles PDO. Le rouge apte à être rafraîchi est recommandé que les producteurs affichent largement « Bordeaux Claret » sur les étiquettes frontales, accompagnées de descripteurs tels que « fruité », « frais » ou « rouge prêt à être rafraîchi » pour distinguer ce style du claret traditionnel. Les vins qui ne satisfont pas à la spécification ne peuvent utiliser cette dénomination.
Les grandes marques bordelaises montent à bord
Le premier millésime a déjà dépassé les attentes, avec environ 16 500 hectolitres – soit environ deux millions de bouteilles – produits par une quarantaine de domaines. Plus important encore, la participation s’étend au-delà des petits domaines pour atteindre de grands négociants et marques, dont Calvet et Mouton Cadet.
La stratégie marketing est résolument axée sur le secteur de la restauration, avec un service au verre, y compris sur glace, vu comme le meilleur moyen de sensibiliser les consommateurs. La température de service recommandée est d’environ 5°C, bien que les vins soient censés donner de meilleures performances jusqu’à 10°C–12°C.
L’activité promotionnelle ciblera dans un premier temps la France, la Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni via des événements professionnels et les médias, plutôt que par la publicité grand public. Au Royaume-Uni en particulier, un petit groupe d’acheteurs pour les négociants londoniens hésite à abandonner le terme « claret » pour le rouge traditionnel de Bordeaux, ce qui pousse l’union des viticulteurs à insister sur la catégorie plus large de « rouge prêt à être rafraîchi » dans sa communication.
A l’extérieur du Royaume-Uni, le claret n’emporte pas la même renommée ni la même association. Le relancement a suscité des discussions au sein de Bordeaux sur la possibilité que la désignation claret soit éventuellement partagée plus largement à travers la France, bien que toute modification nécessiterait un vote formel.
Le lancement intervient alors que Bordeaux poursuit la contraction de sa superficie viticole après des années de surproduction. La superficie des vignobles régionaux a fortement diminué depuis 2021 en raison d’arrachages et de reclassements, offrant le cadre dans lequel la performance commerciale de Bordeaux Claret sera jugée.

Le contexte
- « Claret » n’est pas une invention nouvelle : c’était le nom donné par des marchands anglais aux vins de Bordeaux plus clairs exportés après le mariage d’Éléonore d’Aquitaine et d’Henri II en 1152.
- Alors que « claret » est devenu le terme générique britannique pour le rouge de Bordeaux, Bordeaux réapproprie désormais ce mot pour définir un style moderne de vin.
Le lancement
- Bordeaux Claret constitue une nouvelle catégorie régulée introduite sous l’AOC Bordeaux en tant que mention traditionnelle (désignation traditionnelle), et non comme une nouvelle appellation. Elle s’applique à partir du millésime 2025.
- L’initiative a été officiellement dévoilée à Wine Paris 2026 après un processus d’approbation accéléré par le régulateur du vin en France, l’INAO.
Le style du vin
- Rouge rubis clair
- Fruité, avec des tanins doux
- Non élevé en fût
- Destiné à être servi frais
- Conçu pour être bu tôt plutôt que conservé en cave
- Se situe stylistiquement entre le rouge traditionnel de Bordeaux et le Bordeaux Clairet
Règles de production
- Toutes les variétés rouges de Bordeaux sont autorisées
- Le Merlot devrait dominer les premières sorties
- Une macération courte produit une couleur et des tannins plus faibles
- Les vins doivent passer par un panel de dégustation indépendant
- Minimum 11% d’alcool vol
- Sucre résiduel jusqu’à 7 g/l
- La dé-alcoolisation est interdite
Déploiement commercial
- Environ 40 producteurs ont déjà produit Bordeaux Claret
- Le premier millésime totalise environ 16 500 hl (environ deux millions de bouteilles)
- Les participants incluent des marques majeures telles que Mouton Cadet et Calvet, ce qui suggère un large soutien de l’industrie plutôt qu’une expérience de niche
Stratégie marketing
- Focus sur les restaurants et les bars plutôt que sur le commerce de détail
- La promotion se concentre sur le service au verre
- Les vins sont recommandés servis autour de 5°C (et restent adaptés jusqu’à 10–12°C)
- Le marketing met l’accent sur des descripteurs tels que « frais », « fruité » et « rouge prêt à être rafraîchi »