Pourquoi deux vendangeurs sont morts en Champagne pendant les vendanges?

31 août 2026

Deux vendangeurs sont morts en Champagne dans les premiers jours de la vendange 2026, tandis que les autorités enquêtent aussi sur un hébergement pour temporaires qui a été clôturé pour ses conditions dans le département de la Marne. Les deux décès se sont produits à deux jours d’intervalle et coïncident avec un début de campagne marqué par la chaleur, la pénurie de main-d’œuvre dans certaines exploitations et le souvenir encore proche des condamnations prononcées pour les abus commis pendant la vendange de 2023.

Le premier des travailleurs décédés, âgé de 66 ans, a été retrouvé inconscient entre des rangs de vignes dans la commune de Verzy le 15 août dernier. Il était venu aider des amis dans la récolte de raisin. Des informations publiées par des médias locaux indiquent que l’homme a déclaré se sentir mal, a refusé qu’on le ramène chez lui et a choisi de s’allonger à l’ombre pour se reposer. Peu après, il a été retrouvé mort après avoir souffert d’un arrêt cardiaque.

Deux jours plus tard, un homme de 55 ans est apparu sans vie dans la cabine d’un camion de vendange à Val-des-Marais, dans le sud de la Côte des Blancs. Selon ces mêmes informations locales, le travailleur s’était rendu dans le véhicule pour se reposer. Les autorités ont ouvert une enquête pour éclaircir les circonstances du décès.

Le président des viticulteurs de Champagne, Maxime Toubart, a exprimé son deuil face à ces deux décès et a soutenu que, en principe, ils semblent liés à des arrêts cardiaques et non à une négligence des entreprises ni à un épisode de chaleur extrême. Toubart a également affirmé que ces dernières dates, la région avait enregistré des températures plus modérées, autour de 25 °C.

Cette évaluation n’est toutefois pas partagée par toutes les personnes présentes lors de la vendange. Certaines estiment que les températures de ces jours-là dépassaient les 30 °C, bien en dessous toutefois des 39-41 °C observés peu avant dans la zone. La divergence entre ces appréciations survient à un moment particulièrement sensible pour le vignoble de Champagne, où le travail de récolte réunit des dizaines de milliers de travailleurs sur une période très courte.

Parallèlement, le parquet de Châlons-en-Champagne a ouvert une enquête concernant un hébergement pour les travailleurs de la vendange qui a été fermé par les autorités la semaine précédente. Les inspecteurs ont constaté plusieurs manquements, notamment l’usage de tentes pour héberger les temporaires, une disposition insuffisante des douches et des toilettes et une hygiène générale insuffisante dans les installations.

Selon l’agence AFP, ces conditions ont été mises au jour lors d’une inspection conjointe de l’Inspection du travail et de la gendarmerie à Damery le 12 août. L’agence précise qu’il s’agit de la première ordonnance de fermeture de ce type émise lors de la campagne de vendange 2026 en Champagne.

AFP rappelle aussi qu’au cours de l’été 2025 et au début de 2026, plusieurs personnes ont été condamnées à des peines de prison pour trafic d’êtres humains après avoir exploité et logé des récolteurs étrangers dans des conditions inhumaines pendant la vendange de 2023, un épisode qui en France a été connu sous le nom de « la vendange de la honte ».

Face à cette chaîne d’incidents, Toubart a indiqué que la région applique pour la troisième année consécutive l’initiative « Ensemble pour la vendange de Champagne », pensée pour prévenir les accidents et les abus. Le plan comprend une fédération d’entreprises de services viticoles, une plateforme pour vérifier les engagements de ces sociétés, un cadre sectoriel pour l’emploi temporaire et un guide d’accueil actualisé pour les vendangeurs.

Le président des viticulteurs a cependant reconnu que le risque zéro n’existe pas. Il a rappelé que Champagne accueille environ 100 000 personnes en à peine deux semaines et que, même avec des horaires adaptés, de l’eau fraîche et des pauses fréquentes, des incidents comme des arrêts cardiaques, des accidents vasculaires et des accidents de la route peuvent survenir, qu’ils soient ou non directement liés au travail dans les vignes.

La récolte 2026 a également démarré plus tôt que d’habitude, bien que l’activité réelle dans de nombreux vignobles n’ait commencé que le 19 août, selon la correspondante régionale Caroline Henry. Henry note que ces jours-ci on voit peu de vendangeurs sur le terrain et attribue en partie cette absence à la faible production de la récolte. De nombreux travailleurs à la tâche, rémunérés au kilo, refusent de se rendre sur les parcelles parce que le rendement est bien moindre que d’habitude.

Cette chute se reflète dans les chiffres avancés par la correspondante elle-même. Un récolteur rémunéré au kilo coupe habituellement entre 400 et 580 kilos de raisin par jour lors d’une campagne normale. Cette année, ajoute-t-elle, l’intervalle se situe plutôt entre 200 et 300 kilos par jour, un niveau qui réduit directement la rémunération de ceux qui dépendent de ce mode de paiement.

Maëlys Perron

Maëlys Perron

Je suis Maëlys Perron, rédactrice passionnée par les vins engagés et les histoires qui se cachent derrière chaque bouteille. J’aime rencontrer les producteurs, explorer les terroirs et comprendre ce qui rend un vin vraiment vivant. À travers mes articles, je veux partager des découvertes sincères et donner envie de déguster autrement.