Les petits et moyens viticulteurs du Douro tirent la sonnette d’alarme: une partie de la récolte de cette année pourrait rester sans acheteur dans l’une des principales zones productrices de vin du Portugal. L’inquiétude se concentre sur le renchérissement des travaux en vigne et sur le poids du système de « benefício », qui fixe la quantité maximale de moût que chaque producteur peut destiner au vin de Porto et, ce faisant, conditionne une grande partie de leurs revenus.
Manuel Jorge, viticulteur sur huit hectares à Ervedosa do Douro, évalue la production d’une hectare de vigne à environ 5 000 €. Dans ce montant sont inclus la main-d’œuvre, les traitements, le matériel et le transport. Dans son cas, 20 pipas de sa récolte sont déjà attribuées au « benefício », mais il assure qu’il ne sait pas encore s’il pourra vendre 30 pipas supplémentaires ni à quel prix.
La différence de valeur entre le raisin qui entre dans le quota pour Porto et celui qui en sort explique une bonne partie de l’inquiétude du secteur. Les raisins qui n’entrent pas dans cette quote-part, et qui vont généralement à des vins tranquilles avec l’appellation DOC Douro, peuvent se payer entre 150 € et 400 € par pipa. Ceux destinés à Porto se négocient entre 900 € et 1 200 € par pipa, selon les données fournies par les producteurs consultés.
Le « benefício » a peu à peu diminué ces dernières années. Il est passé de 104 000 pipas en 2023 à 90 000 en 2024 et 75 000 en 2025. Pour 2026, l’Institut dos Vinhos do Douro e do Porto a autorisé 76 000 pipas, équivalant à 57 millions de kilos de raisin. Bien que ce chiffre améliore légèrement celui de l’année précédente, les viticulteurs soutiennent qu’il demeure insuffisant pour alléger la pression sur les exploitations les plus petites.
Manuel Cordeiro, maire de São João da Pesqueira et aussi viticulteur, affirme que certains producteurs envisagent d’abandonner leurs vignes ou de les vendre après des années de marges de plus en plus étroites. À son avis, la rentabilité s’est dégradée et cette situation frappe plus durement ceux qui possèdent des surfaces plus réduites et une capacité de négociation moindre.
L’inquiétude ne se limite pas aux prix. Rui Paredes, président de Casa do Douro, craint que des raisins restent à vendanger, comme cela s’était produit en 2024. Cette éventualité est devenue l’une des principales craintes du secteur à quelques semaines de la récolte, car une partie de la production peut ne pas trouver de débouché commercial même si le travail sur le terrain est déjà réalisé et payé.
Parmi les mesures avancées par les viticulteurs figurent un soutien à la distillation d’urgence et des changements dans des normes qu’ils jugent dépassées pour la région. Cette demande reflète que le problème ne se limite pas à une campagne ponctuelle, mais affecte la viabilité économique de nombreuses exploitations familiales dans le Douro.
La situation pourrait par ailleurs avoir des effets sur l’ensemble du secteur des boissons. Si une partie du raisin échappe au marché ou finit en distillation, l’offre disponible pour Porto et pour les vins DOC Douro peut varier et transférer une pression sur les prix, les marges et la planification commerciale dans le reste de la chaîne, des caves à la distribution.