La Saint-Valentin verra le lancement du premier vin déalcoolisé issu d’un Premier Grand Cru Classé. Ce produit audacieux et unique, pensé comme le premier à être élaboré à partir de raisins botrytisés, provient du Château Sigalas-Rabaud à Sauternes, dans le cadre d’un projet conjoint avec Moderato, le pionnier parisien du vin déalcoolisé. Le correspondant bordelais de db Colin Hay rapporte.
J’ai eu la chance d’être parmi les premiers à goûter ce vin avec Laure de Lambert Compeyrot, la directrice du Sigalas-Rabaud, et l’équipe qui l’a produit dans les bureaux de Moderato la semaine dernière. C’est, de loin, le vin déalcoolisé le plus intéressant et le plus impressionnant que j’aie rencontré à ce jour, et je suppose qu’il suscitera l’enthousiasme tant chez les amateurs de longue date des Sauternes haut de gamme que chez les néophiles intrigués de voir jusqu’où peut aller la qualité du vin déalcoolisé.
Le projet
Compte tenu de l’ambition et du radicalisme pur de ce projet sans précédent, sans parler des défis techniques que représente l’élaboration d’un vin déalcoolisé à partir d’un Sauternes vieilli en fût, il a connu une réalisation remarquablement rapide. Le projet a été lancé après une première rencontre entre Laure de Lambert Compeyrot et l’équipe de Moderato lors de Vinexpo 2025, il y a un peu moins d’un an — et la première mise sur le marché apparaîtra sur les étagères de La Grande Épicerie et d’autres cavistes de premier plan juste après la fermeture de Vinexpo 2026, au prix de détail de 29,90 € la bouteille.
Il y a environ 6 000 bouteilles dans cette première sortie. Elle est basée sur le millésime 2024 et provient de fûts individuels qui, autrement, auraient été destinés au grand vin lui-même. Ils auront connu un peu moins d’élevage en fût que Sigalas-Rabaud lui-même (environ 6 mois) et le profil boisé du produit fini (récemment mis en bouteille) est subtil mais présent. Le caractère botrytis est très évident, s’il est peut-être un peu moins aromatique que au palais, et l’équilibre entre l’acidité caractéristique de Sigalas et le sucre résiduel infusé de botrytis (d’environ 85 g/l) est vraiment remarquable compte tenu de l’absence d’alcool. Tout aussi remarquable est la sensation de densité et de structure en bouche.
Le processus de production
Lors des vendanges, les exigences sont identiques à celles du grand vin : vendange manuelle, raisin par raisin, de raisins parfaitement botrytisés, de septembre à novembre, suivie d’une sélection rigoureuse avec trois à cinq passages successifs dans le vignoble. C’est ce qui donne aux vins du château leur complexe aromatique caractéristique.
La vinification est ensuite réalisée dans les mêmes conditions et avec la même précision que pour le grand vin, avant une étape décisive : la déalcoolisation. Celle-ci s’effectue dans le Chai Sobre, à juste titre nommé, dans le sud-ouest de la France. Cet établissement de pointe, unique en France, a été inauguré en 2025 par Moderato et la coopérative Vivadour. La méthode employée, la distillation sous vide à basse température, retire en douceur l’alcool tout en préservant les arômes, l’équilibre et la structure du produit final. Chaque lot est ajusté avec une précision méticuleuse, s’appuyant sur l’expérience de plusieurs années de recherche et une collaboration étroite entre les œnologues de Moderato et l’équipe technique du Château Sigalas-Rabaud.
Notes de dégustation
Sigalas-Rabaud x Moderato (100% Sémillon; environ 85 g/l de sucre résiduel; 0% d’alcool). Vraiment remarquable. C’est indéniablement, et de loin, le vin déalcoolisé le plus impressionnant et le plus intéressant que j’aie jamais goûté. Je ne suis pas sûr d’avoir cru que cela serait possible. Cela réinitialise certainement mes attentes. Clair et vif, avec des notes évidentes mais subtiles de pourriture noble. Poire blanche et un peu d’abricot, ananas brûlé (à peine), laine mérinos (une trace) et une délicate floraison blanche qui est si souvent la signature du grand vin ici. Citron pressé, une pointe de zeste de citron vert et une légère hint de frangipane et de brioche toastée. Ce qui est le plus remarquable ici, c’est la sensation de densité et de viscosité en milieu de bouche — bien plus Sauternes que « zéro alcool » — et l’impression de structure qui s’en dégage. Elle provient de l’acidité et de la tension entre l’acidité et le sucre résiduel. Et cela confère une longueur incroyable. ★★★★★.