La consommation de bière des Espagnols hors du domicile a de nouveau diminué en 2025 et s’est située à 18,4 litres par personne, contre 19,9 litres en 2024. Cette réduction représente 7,5 % en un an et porte la baisse cumulée depuis 2022 à 16,1 %, selon le Rapport sur la Consommation Alimentaire en Espagne 2025 du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation.
La baisse ne touche pas seulement la bière. L’ensemble des boissons froides consommées hors domicile a reculé de 9,4 % entre 2022 et 2025, selon le ministère. Dans ce groupe, les boissons spiritueuses sont celles qui perdent le plus de terrain, avec une diminution de 16,9 % en trois ans. L’eau en bouteille diminue de 2,7 % et les boissons gazeuses de 4,2 %. Du fait de leur poids dans le marché, la bière explique une part importante de cette baisse globale.
Pourtant, la bière demeure la boisson froide la plus consommée hors domicile en Espagne. En 2025, elle représentait 36,1 % du volume total, devançant l’eau en bouteille à 33,3 % et les boissons gazeuses à 18,3 %. Cependant, la différence par rapport à l’année précédente révèle un changement dans la composition de la consommation. En 2024, la bière détenait une part de 37,3 %, l’eau 32,4 % et les boissons gazeuses 17,5 %.
Ce mouvement réduit l’écart entre la bière et l’eau en bouteille. En 2024, il y avait 4,9 points entre les deux catégories; en 2025, l’écart s’est réduit à 2,8 points. Ce changement ne signifie pas que l’eau ou les boissons gazeuses vendent davantage de litres hors domicile, car la consommation totale de boissons froides diminue aussi. Ce que montrent les chiffres, c’est que la bière perd du volume à un rythme plus rapide que les autres catégories.
La répartition du marché se complète avec les boissons à base de vin, qui représentent 6,9 % du volume consommé hors domicile en 2025, soit une décimale de moins que l’année précédente. Plus loin viennent les boissons spiritueuses, avec 2,2 % ; les jus, les horchatas et les moûts, avec 2,1 % ; et le cidre, avec 1 %.

Les données du Ministère se rapportent uniquement à la consommation hors domicile réalisée par les résidents en Espagne. Cette précision est celle que l’organisation patronale du secteur utilise pour nuancer l’interprétation de la série. Le directeur général de Cerveceros de España, Jacobo Olalla, a déclaré à EFE Agro que cet indicateur ne couvre qu’une partie du marché et n’inclut ni la consommation des touristes qui boivent de la bière en Espagne ni d’autres éléments tels que les exportations ou la production totale.
Sur cette base, Cerveceros de España soutient que le marché total de la bière en Espagne en 2025 était supérieur de 2,7 % par rapport aux niveaux de 2022. L’organisation appuie ce chiffre dans son rapport socio-économique, élaboré à partir des données des brasseurs eux-mêmes et de l’Institut national de la statistique. Olalla estime que cette évolution est positive en période de contraintes économiques et la relie, entre autres facteurs, à l’arrivée de visiteurs étrangers et au comportement des ventes à l’étranger.
L’organisation ajoute un autre élément: depuis 2022, l’Espagne a gagné environ 1,6 million d’habitants. Selon Olalla, cette augmentation aide à maintenir le volume total commercialisé par l’industrie à des niveaux très similaires, même si la consommation par habitant dans les bars, les restaurants et les cafés diminue.
Cette vision coexiste avec une lecture moins favorable pour l’hôtellerie. La même organisation admet que le canal hors domicile continue de rencontrer des difficultés en raison du revenu disponible plus faible de nombreux consommateurs et de l’extension des formes de loisirs plus liées aux écrans et moins à la fréquentation des établissements. La chute de la consommation de bière hors domicile s’accorde avec ce changement d’habitudes et avec une modération plus générale des dépenses en boissons froides.
Une partie de la réponse du secteur passe par la bière sans alcool, une catégorie que plusieurs entreprises envisagent comme une marge pour gagner en présence. Cervezas MICA a porté cette stratégie à l’extrême et, selon son directeur général, Juan Cereijo, elle est devenue la première entreprise espagnole à ne produire que de la bière sans alcool. Le dirigeant associe cette décision à une stratégie d’impact social et à la volonté d’offrir un produit sans alcool, sans gluten et faible en calories.
Cereijo assure que cette transition s’appuie sur une catégorie qui croît en Espagne à des taux supérieurs à 4 % lorsque l’on additionne la consommation à domicile et hors domicile. Il soutient également que la moitié des personnes qui optent pour la bière sans alcool le font pour des raisons liées à la conduite, un comportement qui se concentre principalement sur la consommation hors domicile.
Le responsable de MICA ajoute que 90 % des clients de cette catégorie sont des consommateurs mixtes. Par cette expression, il entend des personnes qui n’abandonnent pas définitivement la bière alcoolisée, mais alternent entre les deux options selon le moment et la situation. Cette tendance pousse l’entreprise à orienter son offre non seulement vers les personnes abstinentes, mais aussi vers des consommateurs habituels qui recherchent une alternative pour certains usages, tels qu’un repas, un déplacement ultérieur en voiture ou une sortie en milieu de semaine.