Les États-Unis appliqueront un droit de douane de 15 % sur le vin italien importé, une mesure qui, selon l’Union Italiana Vini (UIV), représentera un impact de 317 millions d’euros pour les producteurs italiens au cours des douze prochains mois. L’organisation patronale du vin italien a ajouté que l’effet ne se limiterait pas aux caves: ses partenaires aux États-Unis, parmi lesquels des importateurs, des distributeurs et des restaurateurs, pourraient perdre près de 1,7 milliard de dollars de revenus.
La confirmation est arrivée ce jeudi 3 septembre, après le nouveau cadre commercial convenu entre Washington et Bruxelles à la suite de l’accord politique conclu fin juillet par les dirigeants des deux blocs, parmi lesquels Ursula von der Leyen et Donald Trump. La déclaration commune publiée le 21 août prévoyait que la plupart des exportations de l’UE, y compris des secteurs tels que l’automobile, les médicaments, les semi-conducteurs et le bois, seraient soumises à un droit de douane maximal de 15 %.
Le vin n’a pas obtenu cette exception. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a reconnu que les démarches visant à exclure le vin, les spiritueux et la bière des nouveaux droits de douane n’ont pas abouti, bien qu’il ait souligné que les deux parties restent ouvertes à de nouvelles conversations sur ces produits, ainsi que sur l’acier et l’aluminium.
Lamberto Frescobaldi, président de l’UIV, a qualifié de « très difficile » les perspectives pour la seconde moitié de l’année et a espéré que la négociation permette des changements. Frescobaldi a demandé une réponse commune des producteurs italiens et de leurs partenaires américains afin d’essayer de freiner les droits de douane et de protéger l’activité dans les deux pays. Paolo Castelletti, secrétaire général de la même organisation, a en outre demandé au gouvernement italien de soutenir le renforcement de la promotion du vin aux États-Unis et a rappelé que le volume exporté avait déjà chuté d’environ 4 % au cours des cinq premiers mois de cette année.
L’organisation patronale italienne avertit que la facture pourrait augmenter si la faiblesse du dollar se poursuit. Dans ce cas, les pertes pour les producteurs italiens pourraient s’élever à 460 millions d’euros sur un an. L’UIV estime également que 76 % de toutes les bouteilles italiennes envoyées aux États-Unis l’année dernière, soit 366 millions sur un total de 482 millions, restent très exposées à ce nouveau droit.
Parmi les catégories les plus dépendantes du marché américain figurent le Moscato d’Asti, dont 60 % de ses exportations sont dirigées vers ce pays; le Pinot Grigio, 48 %; le Chianti Classico, 46 %; les vins rouges toscans bénéficiant d’une appellation d’origine protégée, 35 %; les rouges piémontais protégés par une appellation, 31 %; le Brunello di Montalcino, également 31 %; et le Prosecco, 27 %.
L’UIV avait déjà calculé en juillet l’effet sur le prix final. Une bouteille italienne qui sort de la cave à cinq euros se vendait jusqu’à présent à environ 11,50 dollars dans une boutique aux États-Unis. Avec le nouveau droit de douane et l’évolution du taux de change, ce prix se rapproche des 15 dollars. En restauration, où les marges sont plus élevées, cette même bouteille pourrait atteindre environ 60 dollars pour le client.
L’Italie part avec une exposition plus forte que celle d’autres grands exportateurs européens, car elle envoie aux États-Unis 24 % de la valeur totale de sa production viticole, contre 20 % pour la France et 11 % pour l’Espagne. À cela s’ajoute qu’une large partie de ses ventes se concentre sur des gammes de prix bas, où le consommateur réagit généralement plus tôt aux augmentations.
La décision peut modifier les flux commerciaux entre les États-Unis et l’UE dans les boissons alcoolisées. Pour les caves, les importateurs et les distributeurs, le nouveau droit de douane appuie sur les marges et peut amener à revoir les prix, les promotions et les volumes d’achat sur un marché qui constitue un débouché essentiel pour le vin italien. Ce même mouvement pourrait s’étendre à d’autres catégories s’il n’y a pas de changements dans les négociations.
Federvini, autre grande association italienne du secteur, a déploré, par l’intermédiaire de son président, Giacomo Ponti, que l’accord n’ait pas reconnu le vin et les spiritueux comme des secteurs stratégiques dans la relation transatlantique. À son avis, ces deux produits restent hors des exemptions malgré leur poids commercial et leur projection internationale.
L’impact ne se limite pas au vin. Les estimations diffusées par le secteur agricole italien situent à 140 millions d’euros le choc potentiel pour l’huile d’olive et à 74 millions pour les pâtes, en plus des dommages pour les produits élaborés à base de porc et les produits laitiers. Dans l’ensemble, les pertes pour l’industrie agroalimentaire italienne dans son activité annuelle avec les États-Unis pourraient atteindre 1 milliard d’euros.
Les organisations Coldiretti et Filiera Italia ont exprimé leur mécontentement que le vin figure dans la liste des produits soumis à des droits et ont également alerté sur les normes de sécurité alimentaire si l’Europe ouvre davantage son marché à des produits américains soumis à des normes moins strictes. Alors que les contacts entre Washington et Bruxelles se poursuivent, le secteur du vin italien cherche à maintenir sa position commerciale sur l’un de ses principaux marchés extérieurs dans le cadre d’un nouveau cadre tarifaire.