Le vignoble professionnel de Rioja peut-il survivre après six campagnes de perte de rentabilité ?

4 septembre 2026

Le syndicat agricole ARAG-ASAJA a averti ce jeudi 27 août que le vignoble professionnel de la DOCa Rioja accumule six campagnes de perte de rentabilité et a estimé à 38 227 euros le solde négatif supporté entre 2020 et 2025 par une exploitation type de 10 hectares. Selon Europapress, l’organisation a placé ce calcul à la veille de la vendange et a défendu que l’ajustement de la dénomination ne peut reposer uniquement sur le viticulteur.

Le président d’ARAG-ASAJA, Eduardo Pérez, et son secrétaire général, Igor Fonseca, ont relié cette situation à une combinaison de revenus plus faibles et d’exigences de production plus élevées. L’organisation soutient que l’agriculteur se voit demandé de produire moins, de trier davantage les raisins, de respecter des exigences de qualité plus strictes et d’assumer plus d’obligations, tandis que le prix payé pour la matière première ne suit pas cette évolution.

L’estimation présentée par ARAG-ASAJA s’appuie sur deux moyennes de la période 2020-2025. D’une part, elle situe le coût moyen annuel de production à 0,864 euro par kilo de raisin. D’autre part, elle fixe le prix moyen perçu par le viticulteur à 0,722 euro par kilo. La différence entre les deux chiffres s’élève à 0,142 euro par kilo, que l’organisation exprime comme 14,3 centimes et comme 16,5 % du coût de production.

Transposée à une exploitation professionnelle de 10 hectares, cet écart laisse, selon les calculs du syndicat, un résultat cumulé de -38 227 euros sur les six campagnes analysées. ARAG-ASAJA a présenté ce chiffre comme une mesure de l’aggravation de la rentabilité du vignoble riojan. L’organisation ajoute que ce manque de marge pousse des centaines de viticulteurs à quitter l’activité, tout ou partie, et assure que dans de nombreux cas il ne s’agit pas de départs pour cause de retraite, mais d’une absence de viabilité économique.

Pérez a en outre posé une question de fond sur le modèle de Rioja et s’est demandé s’il peut être maintenu si le viticulteur assume seul les ajustements nécessaires pour rééquilibrer la dénomination. Dans le même esprit, ARAG-ASAJA a soutenu que « équilibrer les comptes d’une cave en déséquilibrant ceux du viticulteur » ne résout pas la crise du secteur et a rappelé que la qualité reconnue du Rioja dépend d’une matière première rémunérée, à son avis, en deçà de ce qu’il faut pour vivre de sa production.

L’organisation a également exprimé ses critiques sur le fonctionnement du Conseil Régulateur dans la vérification du respect du cahier des charges. Fonseca a affirmé que ces dernières semaines ils ont reçu des dizaines et jusqu’à des centaines de plaintes de sociétaires concernant le fonctionnement du Portail du Viticulteur. Il a assuré que cet outil a généré des problèmes, surtout parmi les agriculteurs plus âgés, en exigeant des connaissances numériques que beaucoup n’ont pas. En même temps, il a reconnu le travail des services techniques du Conseil pour faire connaître la plateforme et traiter les incidents, mais a demandé qu’à la prochaine campagne l’information arrive plus tôt et avec plus de précision.

À ce titre, le syndicat a exigé davantage de formation, plus de pédagogie et un traitement plus proche des viticulteurs. Son diagnostic est qu’une partie du secteur ne perçoit pas le Conseil Régulateur comme une institution accessible. À cette plainte s’ajoute que ARAG-ASAJA a insisté pour faire respecter la Loi de la Chaîne Alimentaire et sur la nécessité de la modifier. Fonseca a souligné que l’organisation a déjà soumis des contributions au Ministère.

ARAG-ASAJA replace ses revendications dans un marché du vin qui, à son avis, traverse des difficultés en raison de la réduction de la consommation et de la commercialisation. Néanmoins, le syndicat rejette que la réponse passe par le transfert des problèmes financiers de certaines caves vers la base productive. Sa position est que Rioja a besoin de caves rentables, mais aussi d’exploitations viticoles disposant de revenus suffisants, et que défendre la rentabilité du vignoble affecte non seulement l’agriculteur, mais aussi l’emploi, le paysage et le poids économique et culturel de la région.

Sur l’une des mesures les plus débattues de la dénomination, le débroussaillement volontaire du vignoble, l’organisation le juge indispensable pour 2027 et réclame qu’il soit traité sans délais. Fonseca a affirmé que le Ministère a fermé la porte à l’application de cette mesure avec des fonds FEAGA en 2027, tandis que les gouvernements de La Rioja et du Pays Basque se sont engagés à l’activer avec leurs fonds propres dès lors qu’il existe des instruments juridiques pour le faire. ARAG-ASAJA a averti que, sans règlement publié, les communautés autonomes ne peuvent présenter de demandes, le Ministère ne peut les examiner et Bruxelles ne peut les autoriser.

La proposition du syndicat pour corriger la situation comprend dix mesures. Parmi elles figurent des prix du raisin couvrant les coûts effectifs de production et permettant une rentabilité juste, des contrats pluriannuels entre caves et viticulteurs pour donner une stabilité aux deux parties, un débat interne à la DOCa Rioja sur le modèle de dénomination pour la prochaine décennie et une répartition équitable des efforts nécessaires pour ajuster l’offre et la demande. Il réclame également des contrats transparents et conclus à l’avance suffisamment tôt pour que l’agriculteur aborde la vendange avec des conditions de livraison claires, une stratégie spécifique de relève générationnelle pour maintenir le vignoble professionnel, la publication immédiate du règlement des actes délégués qui rende possible l’application du débroussaillement volontaire à la fin de cette vendange et davantage d’informations pratiques sur le système de contrôle des rendements et sur l’utilisation du Portail du Viticulteur.

Maëlys Perron

Maëlys Perron

Je suis Maëlys Perron, rédactrice passionnée par les vins engagés et les histoires qui se cachent derrière chaque bouteille. J’aime rencontrer les producteurs, explorer les terroirs et comprendre ce qui rend un vin vraiment vivant. À travers mes articles, je veux partager des découvertes sincères et donner envie de déguster autrement.