La région de Champagne attend une décision de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) sur une demande susceptible de modifier une partie des vendanges de 2026. Les viticulteurs ont sollicité une exemption temporaire afin de pouvoir embouteiller du Champagne au-delà de la limite actuelle de 13% d’alcool après la seconde fermentation, et jusqu’à 15%, qui constitue le maximum autorisé par la réglementation européenne pour les vins non enrichis. L’organisme français prévoit de se prononcer le 8 septembre prochain.
La demande intervient après une campagne marquée par des vagues de chaleur et par une maturation très avancée du raisin. Dans de nombreuses zones de Champagne, les vendanges ont commencé avant le 15 août, ce qui est peu habituel dans la région. Cette avance a non seulement modifié le calendrier de récolte, mais aussi la composition des moûts, avec des niveaux de sucre qui peuvent se traduire par des degrés d’alcool plus élevés que la normale.
Ce point technique a une conséquence directe pour les maisons de Champagne. Si le vin dépasse les 13% après la seconde fermentation en bouteille, la réglementation de l’appellation empêche son embouteillage en tant que Champagne. Pour cette raison, certaines maisons séparent déjà les moûts ayant un potentiel alcoolique supérieur à 13% afin de décider ultérieurement s’ils peuvent rester dans la catégorie des vins effervescents ou s’il convient de les orienter vers des vins tranquilles sous l’appellation Coteaux Champenois.
Un des cas les plus clairs est celui de Gosset. Son chef de cave, Odilon de Varine, affirme que la décision d’orienter une partie de ces vins vers le Coteaux Champenois est prise « à 90%, peut-être un peu plus ». La maison a séparé les moûts dont le potentiel alcoolique dépasse 13% et prévoit les goûter à la fin de la fermentation afin de fixer leur destinée finale. De Varine estime très probable que ces vins s’éloignent du profil de fraîcheur et de minéralité que la maison recherche pour ses brut sans année, élaborés par un assemblage de plusieurs récoltes et de vins de réserve, et que, pour cette raison, ils ne passent pas à la seconde fermentation en bouteille.
Gosset a déjà ajusté une partie de son travail en cave face à cette éventualité. De Varine précise que la maison a augmenté l’extraction dans les rouges et intensifié le bâtonnage des blancs dans le but d’obtenir des vins tranquilles de haut niveau si ce changement d’usage venait à être confirmé. Le responsable de Gosset ajoute que d’autres entreprises de la région envisagent également de profiter des conditions de ce millésime chaud pour proposer des alternatives différentes au mousseux traditionnel.
La même lecture est partagée par Maxime Toubart, président du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne (SGV), la principale organisation des viticulteurs de la région. Toubart affirme que 2026 est une année particulièrement favorable pour produire des Coteaux Champenois et que la qualité du raisin ouvre cette option. En même temps, il précise qu’il n’attend pas que les vins tranquilles de la région cessent d’être complémentaires au Champagne classique.
La demande déposée auprès de l’INAO vise, selon les mots de Toubart, à éliminer temporairement la restriction des 13% afin de l’aligner sur le plafond de 15% prévu par la réglementation européenne pour les vins non enrichis. Le dirigeant du SGV soutient que l’objectif est d’éviter que les maisons qui ne peuvent pas assembler les vins de 2026 avec des vins de réserve, ou qui souhaitent élaborer un Blanc de Blancs millésimé, se retrouvent sans marge pour embouteiller leurs vins comme Champagne malgré la qualité du raisin.
La question revêt aussi une dimension commerciale pour la région. Si l’exception n’est pas approuvée, une partie de la récolte destinée au Champagne pourrait finir en Coteaux Champenois pour des raisons réglementaires et non pas seulement par choix stylistique. Pour l’instant, il n’a pas été quantifié quel volume de raisin pourrait changer de catégorie, ni diffusées des quantités en hectolitres ou des prix associés à ce mouvement potentiel.
La mesure reste en suspens et n’a pas d’effet tant que l’INAO ne se prononcera pas. D’ici le 8 septembre prochain, les maisons travaillent selon la norme en vigueur et avec l’incertitude de savoir si elles pourront maintenir comme Champagne des vins de base qui, en raison de leur teneur en alcool, sortiraient du seuil actuel de l’appellation.