Bordeaux avance de deux semaines son calendrier des vendanges

5 septembre 2026

La vendange 2026 à Bordeaux a été avancée de manière inhabituelle et a conduit de nombreuses caves à récolter le raisin blanc dès le 15 août dernier, les rouges prévus, dans une grande partie du vignoble, pour la semaine qui commence le 31 août prochain. Frédéric Massie, associé et consultant au cabinet bordelais Vignerons Consultants, situe ce cycle à environ deux semaines devant les années les plus précoces observées jusqu’à présent, comme 2020 ou 2022, selon la région.

Massie affirme que la précocité a marqué tout le cycle végétatif, depuis la floraison jusqu’au début des vendanges. Il rappelle aussi qu’au début de sa carrière, dans les années 2000 et jusqu’à environ 2014, les vendanges blanches à Bordeaux avaient tendance à commencer au début septembre. En 2026, par contre, le calendrier s’est déplacé vers la mi-août.

Ce changement n’affecte pas seulement le vignoble. Pour le secteur des boissons, un démarrage si précoce peut bouleverser l’organisation des vendanges, la disponibilité de la main-d’œuvre, le rythme d’arrivée du raisin à la cave et les décisions techniques concernant la sélection et la fermentation. Il devance également les premières indications sur le profil commercial de l’année, en particulier dans une zone où Bordeaux pèse sur le marché international du vin.

En volume, les premiers chiffres concernant les blancs offrent un résultat meilleur que prévu. Massie situe les rendements initiaux entre 40 et 55 hectolitres par hectare. Cependant, il précise que 2026 est une année sélective et que, au-delà de la qualité des sols, le facteur qui distingue certaines parcelles des autres est l’alimentation hydrique de la vigne.

Selon son analyse, les vieux pieds ont globalement tenu avec des rendements corrects, tandis que les plantations de moins de 15 ans ont souffert davantage car leur système radiculaire n’était pas encore tout à fait développé. Lorsque le fruit commence à se déshydrater, précise-t-il, il convient de vendanger. Pour les variétés blanches, cette décision a été prise avec une rapidité particulière afin de préserver l’acidité.

Massie souligne que les grands sols ont tendance à mieux répondre dans ce type de campagne, mais il ajoute un point qu’il juge pertinent pour 2026. Certaines parcelles qui ne figurent pas parmi les plus cotées par leur composition, situées souvent au pied des pentes, avec plus d’humidité et plus d’exposition aux maladies, ont donné un comportement meilleur que prévu car elles reçoivent un peu plus d’eau.

La dernière semaine d’août sera déterminante pour fixer le profil final de l’année, mais le consultant soutient que la main de l’élaborateur sera aussi décisive. Dans de nombreuses parcelles, il existe de fortes différences de maturation entre les jeunes replantations, plus productives, et les vignes vieilles. Si l’on veut maintenir l’expression aromatique, il est préférable de récolter d’abord les ceps jeunes, sans attendre les plus anciennes, même si cela oblige dans bien des cas à organiser deux passages et augmente les coûts de vendange.

Cette sélection se poursuit dans la cave. Massie explique que les systèmes de réception, pensés à l’origine pour écarter les baies immatures, peuvent aussi être ajustés pour retirer les raisins surmûris ou endommagés par les vagues successives de chaleur. Il ajoute que le travail ultérieur permet de corriger une partie du profil de l’année par le biais de températures de fermentation adaptées, de fermentations avec une proportion de grappes entières et d’élevages dans des milieux plus réducteurs pour mieux préserver l’expression aromatique.

Avec les données disponibles jusqu’à ce jeudi 27 août, le profil naturel des vins pointe vers une structure tannique marquée. Massie l’associe à l’effet combiné de la chaleur, de la lumière, de la température et de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, des facteurs qui ont stimulé la photosynthèse et, avec elle, la formation de sucres et de polyphénols. L’absence d’eau sur une partie du vignoble favorise également ce schéma.

Cependant, le résultat final reste ouvert. Ces derniers jours, des orages avec des précipitations abondantes ont été enregistrés et, selon Massie, cet épisode instable pourrait durer près d’une semaine. Cet apport d’eau peut modifier en profondeur l’état des peaux et la maturation. Si jusqu’à présent l’avancement était plutôt lié au sucre, à l’alcool potentiel et aux tanins, une pluie suffisante en fin de cycle peut mener la récolte vers des maturations plus complètes et aider à préserver un profil plus reconnaissable de Bordeaux.

Maëlys Perron

Maëlys Perron

Je suis Maëlys Perron, rédactrice passionnée par les vins engagés et les histoires qui se cachent derrière chaque bouteille. J’aime rencontrer les producteurs, explorer les terroirs et comprendre ce qui rend un vin vraiment vivant. À travers mes articles, je veux partager des découvertes sincères et donner envie de déguster autrement.